Perles du Japon


Comme un bateau qui sombre
29 mars 2009, 18:33
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Tokyo Sonata

Tokyo Sonata, Kiyoshi Kurosawa

La famille Sasaki est une famille japonaise ordinaire. Une petite maison à Tokyo, deux fils, une mère au foyer, un père directeur administratif : le bateau familial vogue à un rythme de croisière. Mais avec des brèches dans la cale.

Premier basculement : le licenciement du père de famille, qui voit son monde s’effondrer du jour au lendemain. Réduit à errer toute la journée, à la recherche désespérée d’un emploi, il ne lui reste de son ancien statut que son costume de salaryman qu’il continue à porter tous les jours.  Car il faut faire comme si de rien n’était, donner le change. Il n’a rien dit à sa femme, comme son camarade de lycée Kurosu, rencontré par hasard un midi à la soupe populaire, au chômage depuis 3 mois.

Il y a un côté comique à voir ces salarymen, impeccables dans leurs costumes-cravates, l’ordinateur portable en bandoulière, autrefois si affairés, traîner toute la journée dans des terrains vagues au milieu de vieillards et sans-abris. Ou à entendre Kurosu expliquer qu’il a programmé son téléphone portable pour qu’il sonne cinq fois par jour. Pour mieux s’inventer des responsabilités qu’il n’a plus. Sasaki lui-même, la démarche hésitante, les épaules rentrées et le regard affolé, fait sourire. Faut-il rire ? pleurer ? Kiyoshi Kurosawa joue sur cette ambiguïté. On rit, oui, mais on rit jaune.

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The Watanabes, des Gaijins poussent la chansonnette au Japon
27 mars 2009, 21:09
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The Watanabes

Ils sont Anglais, New-zélandais, Belge et maintenant Suédois… ils se sont connus à l’autre bout du monde. Leur point commun? Leur amour pour le Japon, et la musique. Ils forment le groupe folk-rock The Watanabes, et tentent de percer au pays de la J-Pop. Une expérience hors norme pour ces musiciens installés aujourd’hui à Tokyo. Duncan Walsh, le chanteur britannique du groupe, répond à mes questions pour Perles du Japon.

Comment est né le groupe The Watanabes ?

Nous avons formé notre groupe alors que nous habitions la campagne japonaise. Ash (ndlr, Ashley Davies, à la basse) et moi, on enseignait l’anglais au sein du programme JET (ndlr, un programme des collectivités territoriales japonaises qui invitent des jeunes de pays étrangers dans le but d’améliorer la connaissance mutuelle entre le Japon et le reste du monde). Nous habitions au cœur de la campagne japonaise. Avec plein de temps libre et pas grand chose à faire ! Le groupe a pris rapidement beaucoup d’importance pour nous. Mais faire de la musique au Japon a toujours fait partie de notre plan. Mon frère et moi, on faisait partie d’un groupe en Angleterre, on a rapidement compris que là-bas nous n’étions qu’un groupe britannique parmi d’autres, alors qu’à l’étranger nous pouvions devenir un peu plus uniques.

Qui sont les membres du groupe ? Où les as tu rencontré ?

Ashley vient de Nouvelle-Zélande, nous nous sommes rencontrés dans la région d’Ehime (ndlr, sur l’île de Shikoku). Flavio vient de Belgique, il nous a rejoint après notre départ pour Tokyo. Pour ce qui est de Selwyn, j’ai eu le regret de le connaître depuis ma naissance : il est mon frère aîné. Nous avons aussi un nouveau joueur de synthé. Son nom est Stefan, il donne au groupe une couleur scandinave, il est Suèdois. (Nous avons toujours été des grands fans d’ABBA !).

Pourquoi le nom “The Watanabes”?

Arghhh! C’est bizarrement une question difficile. Il y a plusieurs raisons, je suppose que la principale est la suivante : le groupe s’est formé dans la préfecture d’Ehime, très belle région rurale du Japon, où vivent peu – très peu – d’étrangers. Dans une ville de 20.000 habitants, j’étais LE résident gaijin (ndlr, “étranger” en japonais ). Ehime est une région très accueillante et chaleureuse au Japon, et nous nous sommes rapidement attachés à ses habitants– qui sont nombreux à porter le nom de famille « Watanabe ». Nous appeler The Watanabes était à la fois un moyen de nous intégrer avec les locaux, et de leur témoigner notre amitié!

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The Watanabes “Ikebana with Kana”, Live at Kinoto (Shibuya)
27 mars 2009, 21:07
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Madame Butterfly embastillée
15 février 2009, 22:59
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Madame Butterfly

Nagasaki, début du XXe siècle. Le Japon s’est ouvert depuis peu au monde extérieur, et les navires étrangers sont autorisés à mouiller dans les ports de l’archipel de l’ère Meiji. L’officier américain Pinkerton débarque sur les terres japonaises. Insouciant, il décide de prendre pour femme une jeune Japonaise de 15 ans, la belle geisha connue sous le nom de Madame Butterfly.

La « tragédie japonaise » de Puccini raconte la rencontre entre deux mondes. Mais plus qu’une histoire d’amour, c’est l’histoire d’un terrible malentendu: si l’Américain ne voit en ce mariage qu’un contrat qu’il peut rompre aisément, la Japonaise se considère comme liée à lui jusqu’à la mort. Par amour, la belle renonce au culte de ses ancêtres, qui la renient en retour. Les deux tourtereaux roucoulent, habillés de blanc. “Je suis la femme la plus heureuse du Japon“, répète à l’envi la Butterfly. Fin du premier acte.

Au lever de rideau inaugurant le deuxième acte, changement de ton: Madame Butterfly est habillée de noir. Secondée de sa fidèle Suzuki, elle chante son amour pour le bel officier aujourd’hui parti vers de nouvelles contrées. Depuis trois ans, l’ancienne geisha attend, scrute l’horizon pour y guetter le navire qui lui ramènera son Pinkerton. Elle s’entête, renvoie ses soupirants, espère toujours. En vain.

Dès les premières notes de l’opéra, nulle illusion ne berce le spectateur. Pinkerton l’annonce d’emblée, il veut épouser une femme américaine, ses amours avec Butterfly ne dureront qu’un printemps, le temps de son passage dans l’archipel. C’est la force de cette tragédie où l’on assiste impuissant aux malheurs de la Butterfly, qui s’obstine aveuglément à attendre son amant.

Ce dernier revient, finalement. Mais accompagné d’une Américaine. Le couple réclame l’enfant de la Butterfly, fruit de l’union avec Pinkerton, “pour lui assurer un avenir“.

Tout cela finit forcément mal: “Celui qui ne peut pas vivre dans l’honneur meurt dans l’honneur“. Une fin très japonaise, avec un seppuku (qu’on appelle “hara kiri” chez nous).  Après des adieux déchirants à son fils, Madame Butterfly se tranche la jugulaire avec un sabre dans une époustouflante scène finale.

Dans l’ombre de Mme Butterfly se profile la Madame Chrysanthème de Pierre Loti: l’intrigue se passe toujours à Nagasaki à l’aube du XXe siècle.  Pierre Loti raconte son arrivée au Japon à bord d’un navire français, le “contrat” passé par lequel il épouse une jeune Japonaise, histoire d’avoir de la compagnie. Le marin repart quelques mois plus tard. Mais la Butterfly et la Chrysanthème n’ont pas grand chose d’autre en commun: il n’y a nul amour entre Loti et Chrysantème, ni seppuku final. Juste un livre à succès, source d’inspiration pour la nouvelle de John Luther Long et la pièce de théâtre de David Belasco, qui elle-même inspira Puccini.

La mise en scène signée Bob Wilson est très sobre, selon l’esthétique japonaise: très peu de décors et très peu d’objets, tout est suggéré, des tasses de thés jusqu’au sabre mortel. Les interprètes se déplacent mécaniquement, raides dans leurs kimonos. Et puis, il y a le fameux « Un bel di, vedremo » magnifiquement interprété par Adina Nitescu. Une très belle soirée.

Madame Butterfly, Giacomo Puccini (1904), Opéra Bastille, dernière le 4 mars 2009.

Madame Chrysanthème, Pierre Loti



Okuribito: le film qui représentera le Japon à Hollywood
13 février 2009, 14:04
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Un jeune violoncelliste au chômage se retrouve par erreur employé des pompes funèbes: préparer les corps des défunts devient son quotidien. Voici la trame du film du Japonais Yojiro Takita, qui va représenter le Japon aux Oscars cette année. Okuribito (Departures en anglais), sorti dans les salles japonaises en septembre n’a pas encore fait son apparition dans nos cinémas.

L’histoire s’inspire de la nouvelle de Shinmon Aoki Nokanfu Nikki (Journal d’un croque-mort). Le film a remporte le grand prix des Amériques au Festival de cinéma du monde de Montréal en septembre 2008. Lire la critique du Canadien Marc-André Lussier.

Voici la bande-annonce du film, en langue originale:

“Okuribito” de Yojiro Takita.



Ashita ga aru: histoire d’un classique du répertoire japonais
1 février 2009, 20:04
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C’est un classique japonais, une chanson populaire connue, de celles qu’on fredonne à l’occasion. Un peu comme notre “Y a d’la joie” national. Sortie en 1963 dans l’archipel, “Ashita ga aru” chantée par Kyu Sakamoto, devient vite un tube.

“Ashita ga aru”  – qu’on pourrait traduire par  “Il y aura demain” – est une chanson résolument optimiste, et plutôt drôle.

C’est l’histoire d’un garçon qui tombe amoureux d’une collégienne qu’il croise tous les jours dans le métro… sans jamais oser lui parler.  Tous les jours, il cherche à l’aborder… avant d’abandonner.

Attention, l’air peut rapidement rester dans la tête… Voir la vidéo avec les sous-titres en anglais!

Aux Etats-Unis, “Ashita ga aru” devient “A Pack of Lies”, interprétée par Johny Cymbal. Si l”air est bien le même, Cymbal chante l’histoire d’un homme trompé par sa femme…

Au Japon, “Ashita ga aru” est reprise en 2001 par le groupe de rock japonais Ulful: le groupe conserve le refrain mais adapte les couplets au monde de l’entreprise japonaise d’aujourd’hui. Exit l’histoire d’amour inavoué des années 60. La nouvelle version parle des employés types japonais: les  “salarymen”. Voilà leur hymne!

Voici un clip de la nouvelle chanson version karaoke… (voir plus bas la traduction)

Il y aura toujours demain,  oui, demain arrivera

Je suis jeune, et j’ai des rêves

Un jour, j’en suis sûr, un jour, j’en suis sûr

Elle comprendra

Il y aura toujours demain (x3)

Y’en a qui créent leurs propres entreprises
Mais moi je suis resté dans la même entreprise

“Il ne faut pas être pressé”

me suis-je répété

Il y aura toujours demain (x3)

Mon nouveau chef est français

même le bodylanguage ne passe pas

c’est une occasion, c’est une occasion

pour le réétudier

Il y aura toujours demain (x3)

Un jour, je me suis dit

Pourquoi je fais des efforts?

Pour ma famille? pour moi-même?

La réponse est dans le vent

Il y aura toujours demain (x3)

Les personnes âgées disent souvent que les jeunes d’aujourd’hui font n’importe quoi

Ils sont en fait “moins pires” qu’à leur époque

Il ne faut pas être trop sévère avec eux

parce qu’ils ne savent pas utiliser les formules honorifiques correctement

Il y aura toujours demain (x3)

La chanson version remaniée est reprise dans des spots publicitaires comme celui-ci, pour Georgia, une marque de café.

Dans cette publicité: les comédiens d’une fiction diffusée à la télévision japonaise, également appelée “Ashita ga aru”! La série reprend le nom de la chanson des Ulful pour raconter les aventures de Hamada et Matsumoto, employés d’une compagnie à Osaka.



Qu’est-ce qu’un haiku?
19 janvier 2009, 22:48
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“Il sait pincer le cœur avec légèreté. Rien de pesant, rien de solennel, rien de convenu. Juste un tressaillement complice. Une savante simplicité. L’éclosion spontanée d’une fleur de sens“.

Voici comment Corinne Atlan et Zéno Bianu décrivent le haiku dans leur Anthologie du poème court japonais parue chez Gallimard.

C’est dans sa brièveté que le haiku puise sa force. Art de l’ellipse, le poème ne doit pas en théorie être plus long qu’une respiration. Ses règles sont strictes: il doit se composer de trois phrases de 5, 7 et 5 syllabes – soit une seule phrase en japonais.

Selon Bashô Matsuo, un des plus grands poètes de la période Edo (1600-11868), le poème doit révéler en même temps “l’immuable, l’éternité qui nous déborde (fueki) et le fugitif, l’éphémère qui nous traverse (ryûko)“.

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