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Le Japon, c’est “ce mouvement non stop, ces émotions contradictoires, des choses laides, et puis l’étincelle du sublime“. Voilà qui explique l’intérêt de L’Insensé pour l’archipel: cette revue consacrée à la photographie qui paraît une fois par an braquait en 2002 son objectif sur le Japon. 130 pages au format 37X27 de clichés de photographes japonais, un cocktail détonnant de photographies de tous genres, de toutes les époques.
L’archipel est “probablement la plus grande source mondiale d’inspiration dans les domaines artistiques“, annonce d’emblée l’édito. La “Shibuya girl” bronzée à l’excès et au mini short californien (Yoichi Nagano) surgit après une série de photos du Japon rural des années 60 (Eisuke Shimauchi). D’une page à l’autre, on fait un bond de 40 ans, entre des enfants d’un village à l’écoute d’un conteur en 1960 et les jeunes Japonais excentriques – cheveux verts fluos et talons hauts – des année 2000.
On retrouve des photos du célèbre Shoji Ueda(1913-2000), la série de clichés de Tatsumi Orimoto de vieilles femmes japonaises (dont la fameuse “Small mama + Big shoes” où la mère du photographe pose dans des énormes chaussures en papier mâché), ou encore des photos de Hiromix, la jeune photographe tokyoïte à la mode.
Un voyage esthétique intéressant, souvent drôle, au pays où les appareils photos sont rois.
L’Insensé, n°2, 16 euros, Editions du regard, 2002.

Totto-chan est une petite fille très vive. Mais aussi désobéissante. La fillette passe son temps à la fenêtre pour y voir passer les musiciens de rues. Incapable de suivre les règles de son école, elle en est renvoyée dès les premières pages du livre. Une quasi-catastrophe dans les moeurs japonaises.
Totto-chan est alors inscrite dans une nouvelle école bien peu conventionnelle, l’école Tomoé: des anciens wagons disposés dans la cour d’école font office de salles de classe, chaque élève étudie les leçons à son rythme, selon l’ordre qu’il choisit. Au programme l’après-midi: ballades et visites. Les enfants sont autorisés à parler pendant les repas, à courir partout et grimper aux arbres… Totto-chan y apprend à être elle-même, à aimer l’école, et le cancre devient une élève modèle.
Le ton est enfantin, naïf, très facile à lire. Tetsuko Kuroyanagi raconte les aventures de la petite fille à la troisième personne, mais c’est bien d’elle-même, devenue vedette de la télévision japonaise, qu’il s’agit. Tetsuko Huronayagi (dont Totto-chan est le diminutif) décrit dans cette autobiographie comment ces deux années passées à l’école Tomoé ont changé sa vie.
La fillette est heureuse alors qu’autour d’elle, le Japon nationaliste s’arme et se prépare à la guerre. Le récit de son enfance dorée à l’école Tomoé se déroule au début des années 40, période sombre de l’histoire de l’archipel. Détruite par les bombardements en 1945, l’école ne sera plus jamais reconstruite. Un supermarché est sorti de terre dans l’ancienne cour de l’école, où jadis étaient entreposés les fameux wagons/salles de classe. Avec Totto-chan, la petite fille à la fenêtre, Tetsuko Kuroyanagi fait sortir de l’oubli cette école si différente des autres et rend un bel hommage à son directeur adoré anti-conformiste, M. Kobayashi.
Totto-chan, la petite fille à la fenêtre, Tetsuko Kuroyanagi, traduction d’Olivier Magnani, 1981, Presses de la Renaissance, 279 pages.
Petage de plombs au Japon

Rei Hayakawa est malheureuse. Mais pas du genre à déprimer dans un coin et à consulter un psy : Rei excelle dans l’autodestruction. Portée sur la bouteille, la jeune femme vomit allègrement dans la cuvette des toilettes. Et entend des voix qui sèment la zizanie dans sa tête. Rien à voir avec le bonheur et le glamour vendus dans les pages en papier glacé du magazine féminin où elle travaille.
Vibrations raconte la folie douce-amère d’une jeune paumée en décalage avec une société où l’apparence occupe une place si importante. Une histoire qui résonne particulièrement alors que le Japon connaît quand paraît le roman (en 1999) une explosion de la violence chez les adolescents. Des faits divers marquent les esprits, comme celui de Kobe où, en 1997, un jeune garçon de 14 ans assassine deux fillettes puis décapite un garçon de 11 ans. C’est d’ailleurs une histoire que doit couvrir Rei pour son magazine. La journaliste fait partie de cette jeunesse déréglée qui inquiète le Japon. Mais si Rei nourrit une fascination pour les couteaux depuis l’adolescence, tuer n’est pas son truc :
” Je suis plutôt du côté de ceux qui n’ont pas envie de faire du mal aux autres, je n’ai pas envie de les assassiner. Mais comme ça revient à reconnaître mon incapacité et ma faiblesse, je me suis remise à boire pour oublier ça”.
Vibrations, c’est aussi une histoire d’amour improbable entre une boulimique tokyoïte et un routier/ex-yakuza, avec pour toile de fond les routes enneigées du nord du Japon. C’est lors de ce voyage à bord d’une cabine de camion, en compagnie de cet homme solitaire et tendre, que Rei apprend à oublier la cacophonie des voix qui règne dans sa tête.
Mari Akasaki nous fait entrer dans la tête de la jeune femme torturée grâce à son style incisif et heurté. Vibrations est un roman réussi qui dresse habilement, à partir du personnage de Rei, le portrait d’une jeunesse japonaise asphyxiée dans une société très policée. Prête à exploser, comme la soupape d’une cocotte-minute.
Vibrations, Mari Akasaka, tradution de Corinne Atlan, Editions Philippe Picquier, 2003, 14 euros, 134 pages.