Perles du Japon


Madame Butterfly embastillée
15 février 2009, 22:59
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Madame Butterfly

Nagasaki, début du XXe siècle. Le Japon s’est ouvert depuis peu au monde extérieur, et les navires étrangers sont autorisés à mouiller dans les ports de l’archipel de l’ère Meiji. L’officier américain Pinkerton débarque sur les terres japonaises. Insouciant, il décide de prendre pour femme une jeune Japonaise de 15 ans, la belle geisha connue sous le nom de Madame Butterfly.

La « tragédie japonaise » de Puccini raconte la rencontre entre deux mondes. Mais plus qu’une histoire d’amour, c’est l’histoire d’un terrible malentendu: si l’Américain ne voit en ce mariage qu’un contrat qu’il peut rompre aisément, la Japonaise se considère comme liée à lui jusqu’à la mort. Par amour, la belle renonce au culte de ses ancêtres, qui la renient en retour. Les deux tourtereaux roucoulent, habillés de blanc. “Je suis la femme la plus heureuse du Japon“, répète à l’envi la Butterfly. Fin du premier acte.

Au lever de rideau inaugurant le deuxième acte, changement de ton: Madame Butterfly est habillée de noir. Secondée de sa fidèle Suzuki, elle chante son amour pour le bel officier aujourd’hui parti vers de nouvelles contrées. Depuis trois ans, l’ancienne geisha attend, scrute l’horizon pour y guetter le navire qui lui ramènera son Pinkerton. Elle s’entête, renvoie ses soupirants, espère toujours. En vain.

Dès les premières notes de l’opéra, nulle illusion ne berce le spectateur. Pinkerton l’annonce d’emblée, il veut épouser une femme américaine, ses amours avec Butterfly ne dureront qu’un printemps, le temps de son passage dans l’archipel. C’est la force de cette tragédie où l’on assiste impuissant aux malheurs de la Butterfly, qui s’obstine aveuglément à attendre son amant.

Ce dernier revient, finalement. Mais accompagné d’une Américaine. Le couple réclame l’enfant de la Butterfly, fruit de l’union avec Pinkerton, “pour lui assurer un avenir“.

Tout cela finit forcément mal: “Celui qui ne peut pas vivre dans l’honneur meurt dans l’honneur“. Une fin très japonaise, avec un seppuku (qu’on appelle “hara kiri” chez nous).  Après des adieux déchirants à son fils, Madame Butterfly se tranche la jugulaire avec un sabre dans une époustouflante scène finale.

Dans l’ombre de Mme Butterfly se profile la Madame Chrysanthème de Pierre Loti: l’intrigue se passe toujours à Nagasaki à l’aube du XXe siècle.  Pierre Loti raconte son arrivée au Japon à bord d’un navire français, le “contrat” passé par lequel il épouse une jeune Japonaise, histoire d’avoir de la compagnie. Le marin repart quelques mois plus tard. Mais la Butterfly et la Chrysanthème n’ont pas grand chose d’autre en commun: il n’y a nul amour entre Loti et Chrysantème, ni seppuku final. Juste un livre à succès, source d’inspiration pour la nouvelle de John Luther Long et la pièce de théâtre de David Belasco, qui elle-même inspira Puccini.

La mise en scène signée Bob Wilson est très sobre, selon l’esthétique japonaise: très peu de décors et très peu d’objets, tout est suggéré, des tasses de thés jusqu’au sabre mortel. Les interprètes se déplacent mécaniquement, raides dans leurs kimonos. Et puis, il y a le fameux « Un bel di, vedremo » magnifiquement interprété par Adina Nitescu. Une très belle soirée.

Madame Butterfly, Giacomo Puccini (1904), Opéra Bastille, dernière le 4 mars 2009.

Madame Chrysanthème, Pierre Loti




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