Perles du Japon


Mari Akasaka, Vibrations
28 janvier 2009, 23:37
Filed under: Livres | Tags: ,

Petage de plombs au Japon

couverture-vibrations

Rei Hayakawa est malheureuse. Mais pas du genre à déprimer dans un coin et à consulter un psy : Rei excelle dans l’autodestruction. Portée sur la bouteille, la jeune femme vomit allègrement dans la cuvette des toilettes. Et entend des voix qui sèment la zizanie dans sa tête. Rien à voir avec le bonheur et le glamour vendus dans les pages en papier glacé du magazine féminin où elle travaille.

Vibrations raconte la folie douce-amère d’une jeune paumée en décalage avec une société où l’apparence occupe une place si importante. Une histoire qui résonne particulièrement alors que le Japon connaît quand paraît le roman (en 1999) une explosion de la violence chez les adolescents. Des faits divers marquent les esprits, comme celui de Kobe où, en 1997, un jeune garçon de 14 ans assassine deux fillettes puis décapite un garçon de 11 ans. C’est d’ailleurs une histoire que doit couvrir Rei pour son magazine. La journaliste fait partie de cette jeunesse déréglée qui inquiète le Japon. Mais si Rei nourrit une fascination pour les couteaux depuis l’adolescence, tuer n’est pas son truc :

” Je suis plutôt du côté de ceux qui n’ont pas envie de faire du mal aux autres, je n’ai pas envie de les assassiner. Mais comme ça revient à reconnaître mon incapacité et ma faiblesse, je me suis remise à boire pour oublier ça”.

Vibrations, c’est aussi une histoire d’amour improbable entre une boulimique tokyoïte et un routier/ex-yakuza, avec pour toile de fond les routes enneigées du nord du Japon. C’est lors de ce voyage à bord d’une cabine de camion, en compagnie de cet homme solitaire et tendre, que Rei apprend à oublier la cacophonie des voix qui règne dans sa tête.

Mari Akasaki nous fait entrer dans la tête de la jeune femme torturée grâce à son style incisif et heurté. Vibrations est un roman réussi qui dresse habilement, à partir du personnage de Rei, le portrait d’une jeunesse japonaise asphyxiée dans une société très policée. Prête à exploser, comme la soupape d’une cocotte-minute.

Lire l’article de David Esnault, paru en 1999 dans Le Monde diplomatique sur le malaise de la jeunesse japonaise.

Vibrations, Mari Akasaka, tradution de Corinne Atlan, Editions Philippe Picquier, 2003, 14 euros, 134 pages.




Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.